Le bonheur, c'est quoi au juste?

Lorsque vous demandez aux gens s'ils sont heureux, que vous répondent-ils? La plupart vous diront oui, sans trop d'incertitude, alors que d'autres érigeront leur infortune dans un monde trempé d'idéaux. Certains penseront à leurs conditions de vie relativement satisfaisantes, tandis que d'autres tiendront compte du drame de leur vie, à l'effet que les friands amateurs des plaisirs nocturnes de l'étage supérieur, provoquent des insomnies qui donnent envie d'épingler ses voisins sur le mur!


Qu'est-ce donc que le bonheur? Est-ce un état? Une attitude? Une émotion? Depuis les penseurs de l'Antiquité gréco-romaine jusqu'aux philosophes et chercheurs contemporains, les débats n'ont eu de cesse à propos de la signification véritable du bonheur, par essence abstrait et indéfini. S'étant largement illustré dans l'art de la poésie et les écrits abstrus des philosophes, le phénomène du bonheur semble appartenir aux grands arcanes de l'existence.


Fréquemment envisagé d'une manière absolue, le bonheur peut-être qualifié de joie très ardente, ressentie par exemple devant les beautés candides et inflexibles de la tombée du jour. Encore, ce qui est appelé bonheur inspire l'état d'un esprit comblé dans toutes les facettes de sa vie, n'éprouvant ni peur, ni angoisse, ni chagrin. En ces vues très profondes, il est à se demander si le bonheur n'est qu'un idéal que seule une minorité de personnes arrivent à atteindre. Dans l'esprit de la plupart d'entre nous, le bonheur a quelque chose d'éthéré, d'inaccessible.


Néanmoins, le bonheur est le voeu qui succède à bien des étoiles filantes. Mais pourquoi considérons-nous le bonheur comme un objectif ultime à atteindre? Peut-être faisons-nous là une erreur... Si le bonheur est perçu comme une fin, comment peut-il coexister avec l'univers relatif et infiniment changeant dans lequel nous vivons? Ne serait-il pas plus opportun de le concevoir comme un état qui évolue et qui se construit continuellement?


Alors, le bonheur, il se construit comment?


Nous sommes souvent bien occupés à penser à ce qui est arrivé, à ce qui arrivera et à ce qui n'arrivera probablement jamais, à notre grand désarroi. On se tourmente avec ce que l'on croit être les erreurs du passé ou avec ce qui ne fonctionne pas à notre convenance dans notre vie. On rumine ce que nous n'avons pas et ce que nous aimerions avoir; ce que nous ne sommes pas et que nous aurions souhaité être...


Parfois, ceci nous amène à abandonner. On rejette ainsi l'existence de nos difficultés et on se réfugie dans les lieux qui séparent d'une réalité trop torturante, parce qu'on a peur de trop souffrir en y faisant face. Si nous traînons un boulet au pied, nous pouvons certes l'ignorer. Mais alors nous ne courrons pas, ni ne marcherons d'un pas allègre. Si toutefois nous reconnaissons qu'il existe, nous pourrons prendre ciseau et maillet pour en briser la chaîne.


Le bonheur ne naît ni de la passivité, ni de l'attente, ni de la providence. Il faut se donner la chance de vivre des expériences, d'apprendre, de bouger et d'assumer des moyens pratiques d'agir sur nos contrariétés. Pour être heureux dans notre vie, il faut d'abord en faire le choix. On décide alors d'être bien, du moins la plupart du temps, tout en étant prêt à s'accueillir soi-même et à recevoir ce qui est extérieur à soi.


L'ouverture et la spontanéité


Imaginez qu'en marchant dans les quartiers de la ville, vous êtes transporté par le parfum délicieux de la miche qui s'esquive des fours de l'épicerie du coin... Imaginez encore le ravissement divin procuré par la volupté d'un bon café, bien apprécié au petit matin... Imaginez les arbres, enrobés des éclats diamantés de la neige nouvellement tombée, qui côtoient les allées de votre paysage lorsque vous jetez votre premier regard au-dehors...


Ces moments fortuits d'enchantement que nous sommes appelés à vivre, ici et là, sont des bonheurs qui viennent à nous au gré des humeurs et des conjonctures de l'univers qui nous entoure. Mais encore faut-il saisir ses opportunités, en créant une ouverture vers le monde extérieur et en sachant lui porter un regard attentif. Nous pouvons ainsi penser que le bien-être se construit en partie par la qualité de notre présence à l'instant présent et par l'intérêt réel que l'on porte envers les choses qui sont à l'extérieur de nous.


Il est vrai, me direz-vous, qu'il n'est pas toujours facile d'y arriver. Nous sommes parfois préoccupés, absent, tant et si bien que notre rapport avec le monde extérieur frôle l'indifférence. Nos esprits s'affairent à planifier le repas du soir ou s'occupent à tourner à vide pour trouver la solution magique à l'attitude harassante d'une personne autour de nous, même si nous savons très bien que nous ne pouvons rien y changer. Nous sommes paralysés par nos indécisions, par nos peurs et par les obligations qui s'empilent et qui semblent ne plus avoir de fin. Cette capacité de s'affranchir de tous ces impondérables demande parfois un long travail sur soi-même, parfois avec l'aide d'un professionnel, afin de parvenir à développer sa capacité à se centrer sur l'immédiat et à se donner plus de disponibilité pour soi et pour les autres.


La volonté, l'action et la créativité


Lorsque les circonstances de nos vies deviennent sombres ou monotones, il n'en tient qu'à nous de trouver les ingrédients de notre mieux-être. Il peut donc être utile d'exercer sa volonté à découvrir ce qu'il y a de bon dans les choses. Ce qui apparaît dérisoire peut devenir important, si on lui donne la chance de s'exprimer... Un petit chien qui aime un peu trop mâchouiller notre divan peut devenir un compagnon fidèle... un accrochage en voiture, un fait cocasse à raconter... Bref, il faut être créatif et nous le sommes lorsque l'on se donne la peine de découvrir de nouvelles manières de voir les choses.


Le bonheur implique aussi une dose d'effort pour l'atteindre ou du moins, une action dirigée vers un but. Il peut ainsi être le résultat d'une action qui est liée à la satisfaction d'un besoin ou à l'atteinte de ce que l'on juge souhaitable ou nécessaire pour notre bien-être. Il peut s'agir, par exemple, d'obtenir un emploi que l'on aime, d'être entouré de gens qu'on aime, de réaliser un rêve, de relever un défi ou simplement de prendre plaisir à une sortie en amis. Quoi qu'il en soit, le bonheur est éprouvé par qui a développé la volonté de le créer et de le construire activement.


Lâcher prise?


Bien que notre environnement puisse contribuer à nous rendre heureux, il peut aussi être la cause de nos tristesses, de nos deuils et de nos tensions. De fait, le bonheur établi dans un monde qui peut à la fois être source de souffrances et d'expériences agréables, est un bonheur fragile et précaire qui risque de faire de celui qui le cherche uniquement à l'extérieur de lui-même un éternel insatisfait.


Le « lâcher prise » , ce terme populaire se diluant dans un tumulte de définitions faisant parfois passer à côté de l'idée qui se trouve derrière, ne doit pas devenir un laxisme déguisé. Il ne veut pas dire se laisser emporter par le courant de la vie en se résignant à ce qu'elle peut apporter de moins bon. Plutôt, le « lâcher prise » est le propre de celui qui parvient à connaître en lui une sérénité qui permet d'apprécier la vie d'une manière optimale, en prenant ce qu'elle offre de meilleur et en agissant vers elle de manière à engendrer le moins de tension autour de lui.


Ainsi, le bonheur naît du fruit de la quiétude, à l'intérieur de laquelle l'individu est capable de se dégager des attentes et des désirs qui pourraient rendre son bonheur conditionnel. Il sait jouir des circonstances extérieures, sans en être dépendant.


Conclusion


Non pas maître du savoir, mais souffle de fraîcheur à propos de cet état largement convoité, cet article se voulait une lueur sur les sentiers que nous pouvons emprunter pour intégrer un mieux-être dans notre vie. Il se veut instigateur de réflexions et, il est espéré, source inspiratrice d'actions nouvelles et fécondes.


Nous pensons que le bonheur est accessible lorsqu'il prend naissance dans une détermination authentique à l'intégrer dans une vie en mouvement continuel. Nous concevons également qu'il évolue et se construit par l'action, et que c'est en le cultivant qu'il s'installe au quotidien.


Il est donc à notre avantage de saisir avec toute notre âme les opportunités qui se présentent autour de nous et de vivre dans une perspective d'ouverture et d'accueil face aux autres, face au monde et face à soi-même. Enfin, peu importe la fragilité, l'intangibilité, voire l'absence de ces moments que nous pourrions qualifier de bonheurs à certains moments dans notre vie, ces derniers s'acquièrent par la sagesse de concevoir que, peu importe où l'on se trouve et peu importe la situation, le bien-être qui est durable est celui qui vient de l'intérieur.


Rédigé par : Marie-Catherine Côté, psychologue, conseillère d'orientation

Adapté de : M.C. Côté, « Choisissez le bonheur : Faites de votre bonheur un projet », Éd. Arion, Québec, 2004.


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